[FOCUS] Aurélie Ferruel et Florentine Guédon, Tampouner

[FOCUS] Aurélie Ferruel et Florentine Guédon, Tampouner

Focus sur Tampouner.

Artistes : Aurélie Ferruel, née en 1988 à Mamers.
Florentine Guédon, née en 1990 à Cholet.
DNSEP avec félicitations du jury – ecole supérieure des beaux-arts Angers. (2013)

Oeuvre : Tampouner, 2016. Tutoriel  pour trinquer, vidéo 1’31 » 2016. Sculpture bois et céramique, 13 x 8 x 8 cm emboîtés. éd. 25 ex. production Born And Die, en collaboration avec Jacky Chaigneau.

 

Sélectionnées pour le 61ème Salon de Montrouge, Aurélie Ferruel et Florentine Guédon, ont accueilli le public par Bonsoir, une performance participative mettant en exergue les codes du vernissage à travers ce qu’il représente : une cérémonie festive et mondaine. Vêtues d’une robe de soirée noire parée d’une collerette, elles ont exécuté un salut avant de faire la bise à un bon nombre d’invités.
Le travail de ce duo porte sur les codes de nos actes sociaux, ces habitus qui nous régissent et que parfois nous ne percevons plus. Elles en analysent les évolutions à un moment où les technologies, le numérique et les réseaux sociaux redéfinissent notre rapport à l’autre.

Propos recueillis le 16 avril 2016 à l’occasion de la soirée de lancement de Born And Die #1 :

 » Notre travail porte sur la fête dans des perspectives anthropologiques et sociologiques. Nous étudions ses représentations et ses formes, mais aussi ses évolutions à travers le temps.

Nous avons longtemps étudié la chanson paillarde ainsi que les coutumes locales liées à des traditions très anciennes.

Que signifie faire la fête aujourd’hui ? Que représente ce moment où nous trinquons ? Qu’est-il advenu de ce moment de partage ?

Nous avons effectué récemment une résidence à Rennes où nous avons rencontré un sociologue de la fête, Christophe Moreau, qui nous a expliqué sa vision de la fête et ses mutations. Depuis toujours, la fête se divise en trois temps distincts. Le premier est la cérémonie. Il marque dans les codes sociaux la rencontre entre les invités selon un protocole bien défini. Cette étape est marquée par les marques de respect, un protocole assez discret où chacun se présente à l’autre, regarde l’autre. Le deuxième est la liesse. C’est le moment où l’on trinque et enfin la troisième étape, le charivari, est marquée par les dérapages, quand les convives se déchaînent et où il y a une totale perte de contrôle. Quand les fêtards commencent à être débraillés, sont en état d’ébriété et que certains dansent sur les tables. D’une certaine manière, c’est le charivari qui détermine si la fête est réussie ou non.

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon, Tampouner

Trinquer est un moment festif. Dans certaines régions cet acte est ancré dans une tradition très forte. C’est le cas pour les régions dont nous sommes toutes deux originaires, la Vendée et la Normandie. En Vendée, où le terroir vinicole est très important, chaque maison est pourvue d’une cave et la tradition consiste pour les hôtes à trinquer avec les invités à la cave. C’est un moment typique où chacun tient un verre sans pied et partage un breuvage commun.

Le sociologue nous racontait qu’à l’heure d’aujourd’hui ces étapes n’étaient plus forcément présentes. La cérémonie, cette première étape où toutes les générations se retrouvent et se mélangent a disparu. Tout est devenu plus rapide. Chacun prend son verre directement.

Nous nous sommes intéressées au moment où l’on trinque, ce que l’on nomme en patois vendéen « tampouner ». Une chanson célèbre d’ailleurs cet acte.

Nos restitutions sont des expérimentations de gestes traditionnels. C’est une façon pour nous  d’interpréter ce qui se joue dans les gestes.

Nous nous définissons comme des sculpteurs qui avant d’être à l’atelier, ont besoin de découvrir des gestes, des pratiques… par des rencontres. Il est possible d’interpréter chaque geste, chaque moment car ils ont une dimension ethnographique et anthropologique. Nous travaillons à la transmission d’un héritage en produisant des sculptures, des photographies, des vidéos et un tutoriel. Les tutoriels se sont généralisés et sont désormais le moyen de transmission de savoir-faire à une échelle mondiale. Que l’on veuille poser un parquet ou bâtir un mur, le tutoriel est aujourd’hui un mode d’emploi incontournable. Nous l’employons quand nous voulons savoir nous-mêmes comment faire un modelage.

Le tutoriel est, comme pour la fête, l’expression d’une évolution de nos sociétés contemporaines sans contact, sans cérémonie. La transmission est dépersonnalisée. Celui qui a fait le tutoriel peut habiter à l’autre bout de la terre. Elle est aussi accessible à tout le monde. Nous voulions aussi en reprendre les codes amateurs.

Notre but n’est pas de prôner la conservation des traditions, mais d’observer leurs évolutions, leurs formes, leurs réactivations voire leurs réinventions car pour nous cette nouvelle forme de transmission est tout aussi intéressante, un nouveau mode d’échange et une nouvelle forme plastique. »

Pour en savoir plus :

ferruelguedon.com

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