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Revue d'art contemporain

[FOCUS] David de Tscharner, Planche

[FOCUS] David de Tscharner, Planche

Focus sur la série d’oeuvres Planche de l’artiste David de Tscharner.

Oeuvre : Leitrim (Planche #2), 2015 Techniques mixtes sur plexiglas, 60 x 49 cm, présentée du 07 novembre au 19 décembre à l’exposition Au-delà de l’image (II), galerie Escougnou-Cetraro Paris.

Artiste : David de Tscharner né en 1979 à Lausanne, en Suisse, vit et travaille entre Paris et Bruxelles a étudié à la HEAD à Genève et à la Cambre à Bruxelles où il enseigne actuellement. Résident de la Cité internationale des arts en 2015.

La série d’œuvres « Planche » de David de Tscharner met le spectateur à l’épreuve. Comment est-il possible de créer du volume, de donner vie à des images prises sous une paroi de plexiglas ? Souvent composées de formes végétales, ses réalisations associent photographie, sculpture et peinture et créent une forme de mouvement. Le travail de David de Tscharner peut être caractérisé par le “déplacement”. Celui des procédés, des techniques, du corps dans l’espace mais aussi celui du passage du geste maitrisé dans l’incontrôlé. Ces œuvres, même si elles témoignent d’une technicité, relèvent dès lors du hasard et de l’accident. Il restitue l’état de surprise que procure la découverte d’objets lors de ses déambulations.

Propos de David de Tscharner recueillis le 09 décembre 2015 :

« Il se retrouve toujours dans mon travail l’idée de se déplacer dans des lieux différents. Ceux où j’expose, où je travaille, où je pars en vacances et d’autres où des gens proches ont été.  À chacun de mes déplacements, j’ai toujours mes yeux fixés sur le sol en quête de souvenirs, de traces que je pourrai collecter.  Ici et là je ramasse des objets que je mets dans mes poches et quand parfois ils sont trop volumineux pour être transportés, je les prends en photo. Je tiens une archive de photographies dont je n’ai jamais vraiment fait usage mais que j’ai toujours eu envie de montrer.

Parallèlement, j’ai commencé il y a deux ans à travailler la peinture sous verre, une technique ancestrale, très populaire à la Renaissance et qualifiée alors d' »Art Savant » car elle demandait une rigueur technique extrême. Composée à l’envers du verre, cette pratique à l’aveugle induit toute une série d’accidents qui répond au hasard du déplacement dans l’espace et au geste de la récolte sur lesquels s’appuient mon travail.

David de Tscharner, Wexford (Planche #1), 2015 Techniques mixtes sur plexiglas 30 x 25 cm, Courtesy Galerie Escougnou-Cetraro
David de Tscharner, Wexford (Planche #1), 2015
Techniques mixtes sur plexiglas, 30 x 25 cm,
Courtesy Galerie Escougnou-Cetraro

Il y a dans la peinture sous verre, une dimension assez physique. Pour réaliser mes planches, je découpe des photographies que j’encolle à l’envers puis j’emploie une technique de sablage qui me permet de créer des masques. En étalant du sable sur le plexiglas, je creuse des sillons laissant apparaître la surface de la vitre que je couvre alors de peinture. Les gestes sont proches de la chorégraphie. J’ajoute à cela des éléments gravés qui évoquent des branches, des graines … ou des synapses ! Ces œuvres combinent ainsi trois techniques, la peinture, la photographie et la gravure, tout en restant proche de la physicalité de la sculpture.

L’Encyclopédie de Diderot est une grande source d’inspiration, tout comme le Kunstformen der Natur d’Ernst Haeckel, où l’on retrouve de nombreuses planches sur les coraux et sur l’anatomie. Une autre source d’inspiration est l’ouvrage de Lucrèce, De Natura Rerum, la nature des choses, sur l’atomisme et dans lequel est évoquée l’énergie qui passe d’un élément à l’autre. Le titre et l’esthétique de la série renvoie donc à cette univers naturaliste. Mon travail s’inscrit complètement dans cette perspective de (re)découverte, dans ce culte et cet amour de la nature et des choses.

Il y a dans ce travail un constant balancement entre la dimension émotionnelle des images d’origine, les inspirations naturalistes et les applications techniques. L’idée est de mettre en place une forme de circulation proche de ma manière d’envisager l’espace.

Les effets de compositions aléatoires me permettent de restituer le caractère vivant de la matière. Les sillons en expriment les mouvements, tout autant que mes propres déplacements. L’emploi du dégradé rend compte du dynamisme de la nature, évoque ses transformations. En travaillant avec l’image retournée, je me consacre entièrement au mouvement. Ainsi, je la laisse vivre et j’ai toujours la surprise de la voir apparaître à la fin.

Le protocole de ces assemblages laisse une importante part de hasard : objets trouvés, composition à l’aveugle, association de type de peintures différentes … Tout cela crée des réactions que je ne peux pas totalement contrôler.

David de Tscharner, Glendowan (Planche #3), 2015, techniques mixtes sur plexiglas, 50 x 37,5 cm Courtesy Galerie Escougnou-Cetraro
David de Tscharner,
Glendowan (Planche #3), 2015,
techniques mixtes sur plexiglas, 50 x 37,5 cm
Courtesy Galerie Escougnou-Cetraro

 

Visuel de présentation : David de Tscharner, Leitrim (Planche #2), 2015 Techniques mixtes sur plexiglas, 60 x 49 cm, Courtesy Galerie Escougnou-Cetraro

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