[EN DIRECT] [ … ] Inconnaissance au 6B

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Portée par le Collectif Inconnaissance et François Salmeron, l’exposition […] rompt avec une approche conceptuelle de l’art contemporain en faisant le choix d’appuyer son propos non sur des objets déjà manufacturés ou sur un discours théorique, mais sur une expérimentation et une réappropriation des propriétés naturelles des éléments minéraux, animaux ou végétaux. Un rapport aux éléments dans la continuité de l’exposition [Terres] présentée par le même collectif d’artistes l’année passée.

Pour […], les artistes d’Inconnaissance ont eu la volonté de se réapproprier et de réinvestir les champs de connaissance acquis par l’humanité depuis des millénaires, que ce soit dans les domaines de l’agriculture, du domestique et de l’artistique. Les oeuvres présentées sont le résultat de la circulation des savoirs entre ces domaines, des savoirs premiers liés à la sédentarisation et à l’interaction positive avec l’environnement. Chaque œuvre est un marqueur fort de scission vis-à-vis de l’idée de progrès, de l’industrialisation et de production des éléments morts (souvent pétrochimiques). La ressource est commune, elle est le fruit d’un savoir partagé et équitable qu’importe le domaine par lequel est elle a été connue. Une nouvelle approche des savoirs qui apparaît dans le nom même du Collectif, « Inconnaissance ».

 

Vue de l'exposition […] Inconnaissance - 6B - Photo Point contemporain
Vue de l’exposition […] Inconnaissance – 6B – Photo Point contemporain
La pièce d’Apolline Grivelet, un aquarium issu de la série Gilliat, série présentée lors de l’exposition des félicités de l’ENSBA (2013), propose un microcosme bâti sur des ossements humains selon le principe de la vanité mais qui marque-là, par un cheminement inverse, un retour au vivant, à la vie luxuriante de la nature. Un retour à la vie accentué par un patient travail de culture de coraux choisis parmi une gamme chromatique pastel qui rappelle la carnation de la peau. Une vanité comme reconquête de la nature sur l’anthropocène. Un regard sur le vivant que nous fait partager Émilie Imbert qui s’appuie sur les propriétés des graines de tomate, pourvues d’une pilosité, pour les assembler et façonner des oeuvres qui mettent en avant leur processus même d’élaboration. Elle nous propose une écriture naturelle du temps qui surprend par son caractère pérenne alors que le vivant est souvent perçu comme se dégradant.

Dans l’installation, Elle s’effondre sans cesse (2015), Tsama do Paço utilise la capillarité des fils de coton pour faire s’écouler l’encre contenue dans une mappemonde et ainsi former un nouveau paysage sur des reliefs de plâtre. Le processus d’écoulement dure prêt d’une dizaine de jours. Une perception d’un temps prolongé, d’un étirement absolu même, qui transparaît dans les oeuvres vidéos d’Anne-Charlotte Finel, un temps retrouvé à travers le geste d’effacement du texte de Marcel Proust de  Jérémie Bennequin.
Un rapport au temps que l’on retrouve dans l’oeuvre de Jiří Kornatovský qui travaille ses dessins sur un temps très long. A l’ère de l’immédiateté, son dessin Sans titre (Méditations) témoigne de la répétition du même geste exécuté avec l’amplitude de son corps. Un engagement que l’on retrouve aussi dans la densité des peintures d’Émilie Sévère qui, avec Topos (2016), un triptyque viscéral, prend le spectateur dans des méandres parfois proches du minéral ou plus aériens. Cette recherche d’un temps immémorial se retrouve dans les photographies de Juliette-Andréa Elie qui, par la technique de l’embossage donne une nouvelle temporalité à la représentation du vivant.

Chez Natalia Jaime-Cortez, c’est le geste de procédés anciens, ceux des tanneries, qui est repris sur un papier méticuleusement plié. Des papiers qui, exposés dépliés, composent des oeuvres à la géométrie régulière mais qui portent en elles, les hasards du trempage dans l’encre qui sont la marque de toute oeuvre réalisée à la main. Avec Mue, Michel Soudée renoue avec les traditions anciennes par l’utilisation de colle animale, la peau de lotte, qu’il travaille au fusain et à l’encre. Se forme alors sur le papier l’image de la dépouille d’un être fantastique. Siyoub Abdellah utilise la force naturelle de l’aimantation pour associer des pièces électroniques issues de disques durs. Intitulés Instable, ces petits éléments de robotique anthropomorphes posent la question du stockage, de la mémoire, de la fragilité. Léa Barbazanges assemble des peaux de soles qui adhérent naturellement entre-elles composant ainsi une toile d’une réelle transparence. Une matière première brute qui forme comme un suaire animalier sur lequel se dessine les contours dorées des soles, des restants d’écailles.

Les artistes d’Inconnaissance nous confrontent aux éléments naturels.  Une puissance qui se ressent dans les roches ancrées dans leur support de présentation ou le monolithe dessiné à la flamme d’un briquet de Simon Thiou. Une oeuvre de carbone pur, fragile malgré sa forme imposante. Dans ce rapport avec les éléments surgit un lien avec les croyances, animistes pour Pierre Rabardel qui donne vie par des sons à des blocs sculptés de châtaigniers Être G#9, ou proches du culte vaudou dans la peinture Le Bouillon fumant de Ségolène Haehnsen Kan qui mêle les territoires et les forces spirituelles. Un lien qui prend la forme d’un dialogue chez Julie Michel dont le projet BreathSound reprend un moyen de communication originel. Des oeuvres au caractère parfois totémique rappelant les rituels dédiés à la nature et à ses forces maîtresses comme Isabelle Ferreira qui, pour Fragment, recouvre en partie d’agrafes des découpes d’arbre issus du même tronc. Un rapport au territoire, au contact du sol, à l’enfoncement se retrouve dans les Relief de Geoffroy Terrier composés de multitudes de strates tout comme dans l’œuvre de Marion RichommeTchernobyl abondance qui recompose en plaques de céramique le dessin de la ville de Tchernobyl sur un riche sol de terreau. La nature peut ainsi renaître et recouvrir les vestiges de la catastrophe.

 

 

Détails de l’exposition

 

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