[FOCUS] Louis Granet, Viser juste

[FOCUS] Louis Granet, Viser juste

Focus sur l’oeuvre Viser juste de l’artiste peintre Louis Granet.

Artiste : Louis Granet. Né en 1991. Vit et travaille à Paris

Oeuvre : Viser juste, acrylique sur toile, 250 x 180 cm, 2016

 

L’oeuvre sur toile Viser juste peut se lire comme la métaphore de l’itinéraire du peintre Louis Granet. Un cheminement artistique allant du concret vers une forme totalement libérée. Louis Granet, dont nous avons eu l’opportunité de découvrir et apprécier les premières réalisations à l’édition 2016 de Jeune Création à la galerie Thaddaeus Ropac, est un artiste qui, même s’il dit « envisager plusieurs voies possibles », a déjà une identité artistique affirmée. Il développe une technique et une construction de l’oeuvre à partir de codes issus en partie de sa pratique de la bande dessinée mais qui acquièrent sur la toile une dimension presque transgressive.

Louis Granet, Jeune Création 2016
Louis Granet, Vue de l’exposition annuelle Jeune Création 2016

 

Propos de Louis Granet recueillis le 21 février 2016 :

« Je suis initialement auteur de bande dessinée. Passionné par le dessin, j’ai fait l’École des Beaux-Arts de Bordeaux avant d’intégrer l’école de bande dessinée d’Angoulême où j’ai vraiment appris à être auteur en travaillant les scénarios, les compositions et les mises dans l’espace. Enfin, j’ai rejoint l’École des Arts décoratifs de Strasbourg. Le travail de peinture n’a en soi rien à voir avec le monde de la bande dessinée. Les enjeux ne sont pas les mêmes et la lecture qui en est faite est très différente.

Le format narratif de la bande-dessinée impose d’être toujours très clair dans son cheminement, qu’il y ait une logique dans le rapport entre les cases et les plans afin d’accompagner un lecteur dans la compréhension d’une histoire. Parallèlement, à tout ce travail très codifié, j’ai beaucoup pratiqué la peinture même si au départ ma production était très différente de ce que je peux faire aujourd’hui. Je me suis rendu compte en m’ouvrant à la peinture que ma pratique d’auteur de bande-dessinée ne me suffisait pas. Même si le monde de l’édition supporte une certaine variété de présentations, de médiums et de techniques, les contraintes font qu’il y a forcément des limitations et, avec elles, une certaine frustration.

J’avais ce besoin d’ouvrir mon champ sur des toiles, de faire des impressions que je pouvais ensuite rehausser, de travailler les textiles en les pliant ou les déformant, de jouer sur les motifs qui devenaient plus ou moins abstraits.

 

Louis Granet, Viser juste, détail, 2016
Louis Granet, Viser juste, détail, 2016
Je commence mes tableaux avec de la matière picturale que je souligne avec du noir pour donner une sorte de physicalité. Dans la peinture, d’un point de vue technique, j’essaye d’accéder au plus près d’une forme de réalité. Bien entendu, on n’est pas dans la réalité, déjà par le fait que mes toiles restent très inspirées de ma pratique de la bande-dessinée avec cet aspect un peu grotesque qui la caractérise. Je scinde la toile de manière assez radicale en plusieurs parties pour la structurer, je mets en avant certains détails.
À la différence avec la bande dessinée, l’objet que je représente peut se suffire à lui-même, rien ne m’oblige à introduire ou expliquer sa présence, ni à faire en sorte qu’il soit identifiable.

 

Louis Granet, Untitled, collection automne/hiver 2015, Georges300
Louis Granet, Untitled, collection automne/hiver 2015, Georges 300
Dans l’œuvre Viser juste, une impression sous cadre est posé contre un mur. La présence de cette peinture agit sur la composition même de l’œuvre en mettant en exergue d’autres parties comme le bras du personnage, la couette au premier plan.
Par la mise en scène, j’essaye de rendre compte d’un mouvement et d’une dynamique. Je zoome dans mes toiles sur un geste en train de se faire. J’installe quelques repères clairs dans la toile et libère le reste de la représentation afin que le spectateur puisse se perdre ailleurs.
Si je garde encore des accroches figuratives, sans doute plus tard je n’en aurai plus du tout besoin.

Cette liberté de composition m’a aussi permis d’accepter certaines expérimentations hors de ce registre très codifié dans lequel j’évoluais initialement. Je suis venu à faire de l’abstraction de manière un peu fortuite, sans en avoir vraiment conscience, parce que la figuration telle que je la présente laisse cette possibilité de la scinder, de la couper, de la décomplexer et de la décontextualiser.

Louis Granet, Viser juste, détail, 2016
Louis Granet, Viser juste, détail, 2016

J’introduis des éléments que l’on ne retrouve pas forcément en peinture mais qui sont des éléments courants de la vie et qui trouvent une forte résonance, comme ici la prise d’un chargeur d’ordinateur portable. Un prétexte à traiter le dessin ou la peinture, à  travailler sur la transparence, sur des superpositions et des apparitions. Je suis attiré par les travaux de peintres qui s’amusent d’éléments qui sont peu montrés en peinture et pas évidents à insérer dans ce médium. Il y aussi une grande part d’humour dans tout mon travail.

Ainsi plusieurs pistes de lecture sont possibles à partir de cette prise. Le tableau est tiré d’une sérigraphie que j’avais fait pour le projet Georges 300 et que j’ai redessiné. Par le fait que certains éléments soient plus facilement identifiables que d’autres, cela induit des vitesses de lecture différentes, et une forme de hiérarchisation qui oriente le sens de lecture. Je donne aussi par des contaminations dans les formes ou dans les couleurs un dynamisme à l’ensemble.

Je n’ai pas de sujet de prédilection. Lors des six derniers mois, j’ai traité des sujets comme le marché, beaucoup d’animaux et de fleurs. Pendant un moment, j’ai rejeté toute figure humaine car j’avais envie de m’engager sur de nouvelles voies. Je voulais mettre en peinture ce que pouvait proposer le quotidien des objets. Pour ma prochaine exposition à Pilote (1), j’ai eu envie de revenir à la représentation de personnage ou d’animaux et de parler de cette relation entre l’être vivant et l’espace.

J’ai besoin que le dessin soit torturé, déformé et qu’il y ait ce passage entre la figuration et abstraction.
Il n’y a rien de vraiment abstrait dans ma composition à l’origine. Puis comme le coussin que j’ai compressé, comme dans les foulards et le fait qu’ils soient portés ou présentés sur un étendoir comme le soir du vernissage à Jeune Création donne du mouvement. Avec l’impression sur tissu, je retrouve cette idée de fluidité et de mouvement. Parallèlement j’avais figé un des foulard en le mettant sous cadre ce qui me permettait d’aller vers quelque chose de plus sculptural. Un jeu de compréhension, de placement et de geste qui existe aussi dans la bande-dessinée.
Louis Granet, Take Over
Louis Granet, Take Over  – Vue de l’exposition annuelle Jeune Création
Tout cela est encore très nouveau pour moi. Tout en cherchant encore un style qui m’est propre, je fais attention à ne pas m’enfermer dans une forme de représentation. Faire des textiles ou des projets comme Georges 300 me permet de poursuivre mes recherches. »
(1) Exposition collective « Sommaire », avec Luis Almeida, Louis Granet, Benjamin Hochart, Alice Janne, Stefanie Leinhos et Chloé Piot, du 25 février au 05 mars 2016, chez Pilote 42, rue Myrha – 75018 Paris
Pour en savoir plus sur l’artiste :
Louis Granet

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