Sergio Verastegui, TRANSPOÈME, Ateliers Vortex Dijon

Sergio Verastegui, TRANSPOÈME, Ateliers Vortex Dijon

Sergio Verastegui donne à voir une enquête et ses traces à travers une écriture sculpturale dans l’espace. Le point de départ de « TRANSPOÈME » est un voyage d’exploration que l’artiste a réalisé au Mexique en 2016, dans le cadre du soutien pour une recherche/production artistique du Cnap. 

Cette recherche évolue en plusieurs extensions et différentes phases, qui fonctionnent comme des chapitres. Ainsi, l’exposition « TRANSPOÈME », qui est le second chapitre, est l’occasion de présenter des pièces inédites de l’artiste, produites aux Ateliers Vortex grâce à la mise à disposition d’un atelier lors de la résidence de l’artiste en 2018. 

L’exposition s’articule autour de deux pièces centrales, deux formes de présences qui s’intègrent dans l’espace sous la forme d’un environnement policier et archéologique. Elle est structurée autour de l’image d’un escalier hybride qui se situe entre plusieurs temporalités et d’une pyramide, qui fonctionne comme un décor. Au mur, une série de cinq « TRANSPOÈMES » est présentée, qui sont des broderies sur toile produites au Mexique pouvant contenir la forme d’un crâne. Cet ensemble est complété enfin par des escaliers-miniatures en fonte, posés contre des miroirs. 

Il s’agit pour Sergio Verastegui de construire une forme d’art intertextuelle qui fonctionne comme une psycho-archéologie, en prélevant et recomposant des aspects refoulés liés aux fantasmes de l’exploration du nouveau continent et de ses implications de domination, mettant ainsi en évidence une transformation souterraine, en même temps mythologique et réelle. 

Le premier chapitre de la recherche menée par l’artiste est présenté à la galerie Thomas Bernard-Cortex Athletico (Paris), sous la forme d’une exposition « (S)CRYPTE », 26 avril- 02 juin 2018. Elle regroupe un ensemble de dessins à la cire d’abeille, qui retrace la forme d’un script comme un carnet de bord, sous une forme illisible. Elles sont appelées « Scalp », évoquent la forme d’une peau, représentant aussi la densité psychique de la mémoire.

 

TRANSPOÈME

Il retrace — les parcours périurbains de cet artiste qui découvrit, sur un chantier, une ruine où se lisaient les images assemblées du futur distant et du passé lointain.

Il raconte — l’histoire d’une pyramide construite, ensevelie, puis construite à nouveau dessus sa propre tombe.

Il cherche — ce poète, qui exista jusqu’à ce qu’un autre l’invente.

Il se remémore — celui-là, un peu poète aussi, pour qui l’écriture n’était pas la messagère d’un sens, mais la présence d’un corps.

Il décrit — les prêtres qui célébraient un dieu en revêtant la peau d’un homme écorché. Dans les orbites vides brillaient les yeux d’un autre, dans la bouche vide souriaient d’autres dents.

Le nom de l’artiste, le nom de la pyramide, les noms des poètes et des prêtres, le nom du dieu célébré existèrent, mais ils n’importent pas.

Seules comptent les histoires, les images, les paroles qui traversèrent l’artiste, la pyramide, les poètes et les prêtres, puis ressurgirent en d’autres temps et d’autres lieux, sous d’autres espèces et d’autres mots et qui, de corps en corps, prolongèrent le voyage d’une même pensée.

Une pensée qui retrace — le renversement des temps et les passés cryptés dans l’alphabet du futur.

Qui raconte — les vies souterraines dissimulées sous les vies évidentes, les éclipses jamais totales, les amenuisements mués en survivances à l’instant de leur extinction.

Qui cherche — le lieu où les fictions vivent comme les réalités.
Qui se remémore — les fantômes matériels et les mots illisibles.
Qui décrit — des anatomies intempestives.

Il fabrique des objets capables de retenir cette pensée voyageuse en lui donnant matière. Sculpturomancie.
Tissu, cordes, peaux : reliques assemblées comme des corps composites
Bois, miroirs, tissu : vestiges anodins et précaires
Plâtre, plastiline, lettres dispersées : fragments dont on ne sait s’ils disent une forme ruinée ou une forme à venir
Caoutchouc, cire, papier : empreintes à peine déposées.

Nina Leger

 

Visuel de présentation : Vue d’exposition Sergio Verastegui, TRANSPOÈME, Ateliers Vortex Dijon

 

Sergio Verastegui.
Né en 1981 à Lima.
Vit et travaille à Paris.

2006-2010
DNSEP à la Villa Arson, Nice

2002-2004
Escola de Artes Visuais do Parque Lage, Rio de Janeiro

Représenté par Galerie Thomas Bernard-Cortex Athletico Paris

 

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