Vincent Voillat, Le Ravin du peu, Galerie Dix9 Hélène Lacharmoise Paris [EN DIRECT DE L’EXPOSITION]

Vincent Voillat, Le Ravin du peu, Galerie Dix9 Hélène Lacharmoise Paris [EN DIRECT DE L’EXPOSITION]

L’enjeu est d’avoir entamé des séries qui ne se terminent jamais. Une façon d’opérer qui devient comme un mantra.

À l’occasion du Festival Jerk Off, Vincent Voillat présente à la Galerie Dix19 Lacharmoise une exposition personnelle conçue comme une rétrospective. Il y rassemble plusieurs séries de travaux engagés depuis près d’une dizaine d’années sur les problématiques du territoire, des flux et de la circulation des personnes, à travers notamment leur dimension géologique. Une occasion de porter un regard plus large sur un ensemble d’oeuvres qui se répondent et se complémentent.

Quels liens unissent ton travail au Festival Jerk Off ?

Le Festival Jerk Off est orienté sur les questions de genre et de singularité. Bruno Peguy et David Diblio, ses fondateurs, sont attachés à la dimension poétique des projets proposés et à ces déplacements relativement simples qui permettent d’amener les sujets abordés, non de manière frontale, mais dans des dimensions différentes. De plus, Bruno connaît bien mon travail depuis un moment déjà, et cette nouvelle édition a aussi été un prétexte pour travailler ensemble.

Quel est le propos de ce solo show ?

Le principe de l’exposition, dans une approche un peu globale, a été de rejouer la toute première exposition personnelle que j’avais présentée au Garage Mu(1) et qui avait été le point de départ d’un renouveau dans mon travail. J’ai ainsi repris l’idée d’un texte, qui plus poétique que critique, donne des pistes de lecture vraiment très instinctives.

Très personnelles aussi…

Effectivement, car c’est une façon de réinterroger à travers une histoire personnelle des problématiques plus larges.

L’expérimentation d’un territoire, celui de ton enfance que l’on retrouve dans la photographie L’empreinte (2014), ouvre sur de nouvelles perspectives ?

Exactement. Ma pratique s’inscrit dans d’autres territoires qui sont matérialisés ici par les différents îlots dans l’espace d’exposition. La présence très référentielle au bâton d’André Cadere, les Cadere Bene (2014) dont j’ai réalisé deux versions, est très importante parce qu’elle pose la question de la marche et de la subversion.

Une subversion que l’on retrouve avec la série Les Révoltés placée sous vitrine…

La présentation sous vitrine des pierres taillées les positionne à un niveau particulier avec une forme de distanciation par rapport à leur fonction première qui est d’être des armes de contestation. Elles acquièrent une préciosité. Je les ai facetées et polies à la manière d’un bijou avant de les replacer symboliquement, comme un objet de mémoire, dans une vitrine. Chacune d’elles pourrait appartenir à un de ces grands moments de l’histoire où le peuple s’est insurgé contre le pouvoir en place. Certaines viennent de Chine, de Lisbonne ou du Havre, d’autres du Caire. Elles racontent tout autant une histoire commune qu’une histoire individuelle.

Un rapport avec la géopolitique qui se lit de manière beaucoup plus directe avec les sculptures de murs…

Les pièces de la série Walls avec Berlin Wall (2015), Jersey Wall (2015), Israelo-Palestinian Wall (2015) mais aussi de la série Concrete Waves – Souvenir of a Revolution (2015) nous parlent très clairement de la circulation des populations et de la manière dont les flux s’organisent dans le monde. Ma dernière pièce, La Vague (2017), est la synthèse des problématiques que je développe dans l’ensemble de l’exposition avec ce motif de la paroi, de la pierre, des stratifications de différents sables qui renvoient à plusieurs niveaux de temporalité. Le sable, qui est en train de disparaître, est devenu l’objet d’un nouvel enjeu politique et écologique. Il pose à nouveau la question de la modernité telle que nous l’entendons aujourd’hui. J’ai réuni des sables de nature différente, certains venant des crassiers de Saint-Étienne, d’autres provenant des Bahamas, un territoire paradisiaque dans l’imaginaire collectif. Cette pièce joue sur des contradictions, tant par la forme sculpturale de l’objet même, que par sa dimension culturelle car je me suis octroyé la liberté de convoquer des formes de représentations qui sont les moins directes possibles.

Tu présentes une nouvelle série qui porte également en elle une contradiction, celle de donner une qualité quasi humaine à un objet.

Le point de départ de la série des Céphalophores est assez anecdotique. Quand j’étais en résidence à la Cité internationale des arts, on m’a raconté l’origine du nom Montmartre qui provient de « mon martyr » en référence à Saint-Denis dont la tête tranchée à la chapelle située en haut de la butte aurait roulé jusqu’à l’endroit où l’on a érigé la Basilique Saint-Denis. Dans mes demi-sommeils très prolifiques, d’où surgissent parfois des images comme celle du Viaduc (2013), j’ai fait un songe où je voyais passer devant ma maison un personnage portant sa tête qui s’était calcifiée par les cheveux. J’ai été habité par cette image et il m’a fallu lui donner une existence pour l’évacuer. Je me suis rendu compte qu’elle était une assez belle synthèse entre les qualités que je pouvais donner à certaines pierres et leur charge métaphorique et symbolique. Associer des cheveux à un objet produit immédiatement un effet d’anthropomorphisme, notre esprit y cherche une figure. Je vais poursuivre cette série afin de composer une famille de Céphalophores et, dans un principe personnel, de les doter de cette capacité de pouvoir communiquer entre elles par télépathie. Plus elles seront nombreuses et plus elles parleront, un peu comme les pierres…

Tandis que tu surélèves les pierres, la seule vidéo de l’exposition est placée au raz du sol…

J’ai voulu bousculer cette tendance à vouloir surélever les images et mettre les objets au sol. Un positionnement d’autant plus légitime que la vidéo Lands of Feels (2017) parle de spiritualité, de sentiments, d’éléments qui tendent à nous élever et que j’ai souhaité ramener au sol, au concret de l’existence. Elle est le croisement de deux environnements, de la ville de Nanning en Chine et de Tokyo au Japon. Elle est une traversée de ces deux villes dont j’ai superposé les similitudes humaines, géographiques, ou idéologiques, avec pour point paroxystique un rapprochement symbolisé par le karaoké. La séance de karaoké transforme le film en une sorte de vidéo-clip. Elle devient assez organique car elle héberge, dans une vraie histoire composite, des récits d’êtres, des légendes et des problématiques culturelles très précises.

(1) Exposition Something In The Way, du 21 mars au 10 avril 2014, Garage MU 45, rue léon Paris 18.

Texte Point contemporain © 2017

Infos pratiques

Exposition Le Ravin du peu
Du 08 au 23 septembre 2017

en partenariat avec le festival Jerk Off

GALERIE DIX9 Hélène Lacharmoise
19, rue des Filles du Calvaire 75003

www.galeriedix9.com


Vincent Voillat
Né en 1977 à Nantua (France).

Vit et travaille à Paris.
Résident de la cité internationale des arts – Paris de juillet 2015 à juin 2016.
www.voilla.tv

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