[EN DIRECT] Benjamin Sabatier, One piece at a time, Galerie Bertrand Grimont

[EN DIRECT] Benjamin Sabatier, One piece at a time, Galerie Bertrand Grimont

En direct de l’exposition On piece at a time de Benjamin Sabatier du 12 mai au 19 juin 2016 Galerie Bertrand Grimont 44 rue de Montmorency 75003 Paris.

Artiste : Benjamin Sabatier, né en 1977 au Mans. Vit et travaille à Paris.

 

Alors étudiant à l’ENSAV dans les domaines des arts plastiques et du cinéma, Bertrand Grimont découvre lors de sa venue à Paris en 2003, le travail de Benjamin Sabatier avec Peinture en kit, une proposition de Noirmont Prospect dans l’espace réservé aux talents émergents de la Galerie Jérôme de Noirmont (1). Consacrer 13 ans plus tard une exposition personnelle à ce même artiste revêt un caractère symbolique d’autant plus que la galerie inaugure un nouvel espace d’exposition à Paris. Si la collaboration entre les deux hommes est très récente, Benjamin Sabatier a en effet intégré la galerie en septembre dernier, elle traduit bien l’attachement que l’on peut porter au travail d’un artiste, la persistance de celui-ci dans nos pensées et comment se dessine une histoire entre un artiste et un galeriste. Une exposition qui nous permet de suivre l’évolution du travail d’un artiste dont les oeuvres, si elle trouve leur fondement dans le concept, sont le fruit de multiples expérimentations, et se livrent dans toute leur physicalité.

Entretien croisé avec Benjamin Sabatier et Bertrand Grimont réalisé le 12 mai 2016 :

Point Contemporain : Quel est le point de départ de cette exposition ?
Bertrand Grimont : Notre collaboration est très récente même si je connais le travail de Benjamin depuis longtemps. Il faisait partie à cette époque d’une mouvance de jeunes artistes intéressés par un art qui se déplace vers d’autres disciplines, contaminant d’autres sphères : le monde politique, économique. L’interdisciplinarité ne concernait pas encore la science. Les expositions étaient souvent accompagnées de conférences, de débats. Benjamin concevait des ready-made modifiés : des oeuvres en kit à construire soi-même. L’objet s’articulait avec plein d’autres espaces de référence lié à l’économie, au politique, au faire, au monde de la publicité.

Benjamin Sabatier : Je travaillais sur la question du contexte politique, mais aussi en lien avec l’espace dans lequel j’intervenais. Ma proposition, à la galerie Jérôme de Noimont, était de faire un geste. Pour cela, j’avais monté une pseudo entreprise qui éditait des œuvres en kit. Les collectionneurs qui venaient dans l’espace de présentation, repartaient avec la boite sous le bras  » pour vivre l’œuvre en la fabriquant chez soi « . À partir de gestes très simples, de matériaux reconnaissables, je faisais une critique de la marchandisation, autant de l’art que des enseignes comme Ikéa et consorts. Une prise de position qui était aussi celle du spectateur qui appréhende l’œuvre par sa re-fabrication d’une manière réelle. Ce geste, beaucoup plus conceptuel que maintenant même s’il n’en ait pas dénué totalement aujourd’hui, est devenu le noyau de ma démarche sur toutes ces années, cela depuis près de 13 ans.

PC : La dimension d’assemblage des œuvres, leur hybridation, a aussi perduré dans ton travail…
BS : Il y a en effet deux choses que l’on retrouve, la première est cette dimension d’assemblage parce qu’elle fait partie de mes modes de fonctionnement et qu’elle traduit cet auto-apprentissage dans la découverte des matériaux. La deuxième est dans les savoir-faire. Je ne suis pas un spécialiste mais un amateur de tout. Je m’improvise à chaque fois, soudeur, coffreur, … Il y a une auto-formation dans la fabrication, une découverte des matériaux et une mise en tension entre-eux.
BG : Alors qu’à l’époque où j’ai découvert le travail de Benjamin Sabatier beaucoup d’artistes entraient dans une culture des matériaux et commençaient à proposer des hybridations qui manquaient de sens, Benjamin avait, lui, pris le parti de travailler autant sur la part esthétique que signifiante. Je retrouvais aussi dans ses oeuvres, moi qui ai fait du cinéma, une dimension visuelle et même photogénique très aboutie, et déjà l’idée de dispositifs qui apparaissait.

Vue d'exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont
Vue d’exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont

PC : Peux-tu nous parler des procédés de mise en forme de tes oeuvres ?
BS : À chaque fois, les modes de fabrication sont relativement simples, et en tous les cas sont identifiables par le spectateur qui peut reconnaître les matériaux et les procédés de fabrication. Ma démarche passe par ce partage de compétences, d’expériences. Même si le spectateur peut se poser les questions « est-ce que c’est vrai ? » ou « comment cela a été produit ? », il a une première appréhension de l’œuvre par sa forme et sa matérialité. Un premier contact qui rapproche physiquement le spectateur de l’œuvre et qui a une place extrêmement important e dans ma démarche.

Benjamin Sabatier Vue d'exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont
Vue d’exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont

PC : Un procédé qui passe aussi par une mise en équilibre…
BS : Par une mise en équilibre, et en même temps, par la rencontre entre deux matières comme le bois et le béton qui ne sont pas du tout fait pour s’entendre. Tandis que l’une est une matière vivante, l’autre est complètement morte même si elle peut se modifier, en se fissurant, quand elle est contrainte.

PC : Y a t-il une part de hasard dans le processus de réalisation ?
BS : Mon point de départ est une idée puis, dans le passage à l’action, à la fabrication, il y a une redécouverte du projet, des déplacements. L’idée initiale pour Sans titre, 2014, 5 barres 2 sacs était de faire sécher un sac de béton sur une structure, de le placer en lévitation alors qu’il pèse une quarantaine de kilo. Dans la fabrication d’une telle pièce, je suis obligé de pallier aux problématiques dues au poids. Ainsi l’ajout d’un deuxième sac, en maintenant l’équilibre de l’ensemble, a une réelle fonction alors que parfois il peut être fictif. Pour moi cette pièce représente l’échafaudage, le début de la fabrication.

Vue d'exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont
Sans titre, 2014, 5 barres 2 sacs
Vue d’exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont

PC : Cette oeuvre a une dimension spontanée et à la fois très aboutie…
Pour cette pièce, je voulais reprendre l’idée de barres de fer que l’on dépose contre le mur. Toutes prennent appui sur le mur et tiennent par imbrication comme si l’oeuvre était juste en l’état. Pourtant les finitions sont immédiatement perceptibles. Mon travail sur les sacs de béton relève de la même ambivalence avec au départ une matière première de la fabrication, en l’état, disposée au sol qui est prête à devenir autre chose. Ce déplacement est caractéristique de la figure du chantier, avec ce matériau brut qui devient un élément fabriqué et qui acquiert une légèreté.

BG : Le même principe de déplacement est aussi opérant dans la présentation des pièces in situ et dans l’espace de la galerie. Nous avons présenté les pièces Sans titre (Cube I, II et III) au Jardin des plantes dans le cadre de la FIAC (2). Re-présentées au centre d’art Jean Cocteau dans le 20ème arrondissement, elles offraient une toute nouvelle lecture. Chacune des oeuvres de Benjamin propose plusieurs niveaux d’appréhension. De la même manière, l’échelle de l’œuvre varie. Elle peut être conçue comme un fragment ou un ensemble. Là-aussi, on est dans cette pratique du chantier, les éléments se transforment, s’associent, progressent. Quel que que soit le lieu, la pièce fonctionne.

BS : Il y a toujours sur la dimension structurelle, une part aléatoire qui intervient. Même lorsque la pièce est issue d’un processus de fabrication, le fait qu’il y ait, à un moment, un élément liquide, concourt à la production d’une forme aléatoire.

PC : Pour cette pièce, il semblerait d’ailleurs qu’il y ait un rapport au domestique…
BS : L’exposition que l’on évoquait à la galerie Jérôme de Noirmont, liée au contexte de fabrication des grandes enseignes commerciales, renvoyait aussi au domestique, au fait de ramener l’oeuvre chez soi pour l’assembler. Ces notions, comme des sortes de leitmotivs, réinterviennent de manière implicite dans mes créations.

BG : Le matériau n’est pas utilisé pour ses qualités intrinsèques. Il est modifié et finalement on ne voit plus que la pièce en elle-même. C’est le cas pour la pièce Sans titre (Billes) qui, tout en étant très lourde, donne une idée de légèreté, de matelas, de douceur. À un moment donné, le point de départ de la construction et même de la matière est complètement dépassé, l’œuvre renvoie à tout autre chose.

Benjamin Sabatier Vue d'exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont
Sans titre (Billes)
Vue d’exposition One piece at a time Galerie Bertrand Grimont

(1) Benjamin Sabatier, Peinture en kit, du 5 mars au 29 avril 2003, Noirmont Prospect, Galerie Jérôme de Noirmont Paris. http://www.noirmontartproduction.com/1994-2013/exposition-expo31.html

(2) Benjamin Sabatier, Sans titre (Cube I, II et III) et Structure I, 2015, FIAC Hors les murs, Jardin des Plantes, 20-23 octobre 2015 Paris.
http://www.fiac.com/paris/hors-les-murs/jardin-des-plantes/edition-2015/benjamin-sabatier

Benjamin Sabatier - Structure I, 2015 © Catherine Ficaja
Benjamin Sabatier – Structure I, 2015 © Catherine Ficaja

 

Pour en savoir plus sur la galerie :
Galerie Bertrand Grimont

www.ibk.fr

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