DOCUMENTA 14 ATHENES – CHAP. 5 Éléments de conclusion [EN DIRECT]

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TOUT L’ÉTÉ RETROUVEZ SOUS FORME D’ÉPISODES HEBDOMADAIRES LE COMPTE-RENDU DE NOTRE CONTRIBUTRICE GRECQUE MARIA XYPOLOPOULOU SUR DOCUMENTA 14.

Un regard de l’intérieur porté par cette doctorante en art contemporain, en contact avec les artistes et autres professionnels locaux. Alors que le pays est en crise, que dire des propositions des promoteurs de l’art contemporain qui littéralement font d’un pays en ruine leur terrain de jeu, qui scénarisent dans un décor si authentique et si bienvenue, leurs propos sur le monde contemporain. Quelle distance peut avoir un discours quand il correspond si parfaitement à son contexte ? « Documenter » le monde est-il véritablement un geste artistique ? Qu’apporte la contextualisation au concept artistique ? Eléments de réponse avec Maria Xypolopoulou…

« Malgré les bonnes intentions de Adam Szymczyk, cette délocalisation de la 14ème Documenta, a parfois été perçue par les Grecs comme impérialiste, et n’a pas manqué de faire polémique comme le montre la biennale d’Athènes se déroulant simultanément qui est intitulé « en attendant les barbares… ». Certains ne manquant même pas de dénoncer une sorte de « tourisme de crise » et de parler de relents impérialistes et d’un néo-colonialisme culturel. » Maria Xypolopoulou

Se balader dans la ville pour découvrir Athènes : la marche, élément crucial de l’organisation de la manifestation mise en place par Szymczyk, fait référence à la pratique péripatéticienne. C’est par cela que nous pourrions justifier que les œuvres dans leur majorité sont reliées autour de l’apprentissage, de l’observation, de l’expérimentation.

Baptisée « Apprendre d’Athènes » la 14ème édition de la manifestation prône une méthodologie de l’expérience, tentant toujours de donner un certain recul dans la perception des événements et rejetant toute esthétique purement formelle. Un engagement politique nécessaire dans des moments aussi difficiles que les nôtres. La Grèce et Athènes, avec sa situation économique désastreuse et l’énorme afflux de réfugiés, en sont un symbole, au moins en Europe.

Pourtant, pour certains à Athènes, cette Documenta n’a pas été cohérente avec la réalité grecque, et a tenté d’imposer une vision par le haut au moyen de nouvelles pratiques artistiques. Elle n’a pas pris acte de l’effondrement de l’Etat dans le pays. Ils soutiennent que les organisateurs de la manifestation n’aient pas hésité à proposer une lecture stéréotypée de la crise grecque et de mettre en scène un événement cosmopolite dans un pays introverti qui a évité la diversité pendant un siècle.

Malgré les bonnes intentions de Szymczyk, cette délocalisation de la 14e Documenta, a parfois été perçue par les Grecs comme impérialiste, et n’a pas manqué de faire polémique comme le montre la biennale d’Athènes qui se déroule simultanément et intitulé « en attendant les barbares… ». Certains ne manquant même pas de dénoncer une sorte de « tourisme de crise » et de parler de relents impérialistes et d’un néo-colonialisme culturel.

L’observation générale est que la manifestation exige beaucoup du spectateur surtout en raison de l’absence d’informations contextuelles (cartels, catalogue). Les cartels étaient remplacés par de longs défilés de papier au sol qui énuméraient les titres des œuvres, maintenus en place par des morceaux de marbre portant le nom de l’artiste. Rien n’aidait la compréhension des œuvres et des projets présentés. À ce titre on relève l’échec de Documenta à attirer l’attention des couches populaires et d’un public plus élargi.

Sans aucun doute Documenta en Grèce permettra l’accroissement du tourisme culturel en Grèce. Le choix de Szymczyk renforce définitivement la position d’Athènes. Mais qu’est-ce qui suivra après sa fermeture? Cela changera-t-il les choses pour le mieux ou allons-nous éprouver, encore une fois, la dépression après la cérémonie de clôture qui a suivi les Jeux olympiques de 2004 ? Il est certain qu’elle a permis que se tissent des relations bénéfiques entre les artistes, les curateurs, les théoriciens et les personnes travaillant dans les arts. Elle a mis aussi en évidence la nécessité pour les artistes d’aborder les phénomènes politiques en élargissant leur regard sur les événements mondiaux.

Et même si le pays vit un traumatisme fort, se pose la question à travers l’art, de rendre pérenne ce regain d’interet pour la scène artistique grecque. Elle est indéniablement d’une grande vitalité, les artistes grecs multipliant les moyens d’expression, participant à des projets collectifs, prenant des initiatives et réinvestissant avec force l’espace public. Tout cela contribue à  l’émergence d’une scène artistique athénienne plus dynamique et plus prometteuse que jamais auparavant.

Texte et visuel de présentation Maria Xypolopoulou © 2017 Point contemporain

 

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