LYDIA RUMP

LYDIA RUMP

Lydia Rump, Carnet brodé, vidéo 2’58 (extrait), 2019

PORTRAIT D’ARTISTE / LYDIA RUMP
PAR MAYA TRUFAUT

DANS LE CADRE DE COOPÉRATIVE CURATORIALE HORS LES PAGES…

À mi-chemin entre objets décoratifs et œuvres d’art, les créations de Lydia Rump sont à l’image de son auteure : protéiformes et inclassables. Tantôt artiste, tantôt designer, elle aime à jouer de son ambivalence et réfute l’étiquette. Formée aux arts appliqués, lorsqu’elle conçoit ses pièces, son attention est davantage portée sur l’objet, le souci de sa forme et le rendu de sa matière. Pourtant, la plasticienne va au-delà de l’attendu, et élargit le spectre d’un simple travail d’ouvrage.

Lorsqu’elle élabore ses pièces, Lydia Rump ne s’embarrasse pas d’un concept, elle ne réalise pas de dessin préparatoire. C’est sa connaissance des matériaux qui la guident. Au toucher du papier et du textile, la créatrice sait, sans se l’expliquer, quelle direction prendre. Son geste est sûr, sa technique maitrisée, et c’est spontanément qu’elle conçoit des volumes décoratifs délicats, a priori dépourvus de symbolique. 

Il serait tentant de considérer seulement ses créations comme des pièces d’artisanat. Ce serait pourtant mettre un carcan, les enfermer dans une case. Le travail de Lydia Rump est en fait bien plus complexe dans la multiplicité de sa qualification. Si elle ne met pas d’intention précise quand elle crée, c’est pour ne pas déterminer de finalité. Le moment de la conception n’est que la genèse de sa démarche ; ce qui l’intéresse, c’est l’après. Comment faire évoluer chaque pièce ? Comment passer de l’objet à l’œuvre, et inversement ? L’artiste envisage ainsi ses ouvrages comme des œuvres en puissance, qu’elle s’ingénie à activer. 

Changer la condition d’un objet, redéfinir son statut et son interprétation, c’est aussi repenser sa monstration. Que ce soit présenté dans une galerie d’art contemporain ou dans un magasin de décoration, la même pièce doit pouvoir raconter une histoire différente. Ainsi, régulièrement, l’artiste expose des objets textiles sans titres dans des lieux d’exposition ; c’est le regard du public qui crée l’œuvre. Chaque accrochage induit finalement une symbolique spécifique et nécessite une polyvalence de l’objet exposé.

En 2019, elle fait le choix de présenter ses Carnets Moleskine, cahiers qu’elle a brodés, dans un lieu sacré : la Chapelle du Prieuré, à Nîmes. Au fond de la nef, des vidéos de ses carnets sont diffusées, donnant une dimension mystique aux broderies qu’ils contiennent. Cette réflexion menée autour de la mise en scène de ses œuvres devient alors inhérente à sa démarche. Le contexte changeant des expositions peut aussi parfois entrainer une intervention matérielle sur ses créations. Sa grande pièce textile Façades, réalisée in situ devant la vitrine de son atelier en 2019, a ainsi pu renaître sous la forme d’une robe design, visible dans le court-métrage Siblings réalisé par Julia Gat en mars 2020. 

En transformant ses propres pièces, en les mettant en scène dans des lieux divers, Lydia Rump fait de son travail une matière première qu’elle se plait à refaçonner. À la croisée entre design et art contemporain, l’artiste nous offre une définition mouvante de la création qu’elle s’applique sans cesse à renouveler.

Maya Trufaut
Assistant curator du CACN