AMI BARAK, MARIE GAUTIER, DIRECTEURS ARTISTIQUES DU 63E SALON DE MONTROUGE

AMI BARAK, MARIE GAUTIER, DIRECTEURS ARTISTIQUES DU 63E SALON DE MONTROUGE

« La fréquentation très importante du Salon de Montrouge montre que le public est aujourd’hui désireux de voir qui sont les artistes qui assureront la relève et de comprendre ce qui les préoccupe. C’est un très bon point pour l’art contemporain. » Ami Barak 

 

Chaque année le Salon de Montrouge attire un public toujours plus nombreux atteignant l’année passée près de 27.000 visiteurs en moins d’un mois, soit une moyenne de 1.000 personnes par jour. Un tour de force quand on sait que les artistes exposés sont encore souvent inconnus du grand public. Une audience composée de curieux, d’amateurs d’art mais aussi de professionnels et de collectionneurs, tous conquis par un événement qui a fortement évolué depuis qu’Ami Barak et Marie Gautier en ont pris la direction artistique et ont su lui donner une nouvelle identité. Repensé comme une exposition, il propose désormais une scénographie avec des thématiques clairement identifiées qui invitent à chaque édition à une nouvelle immersion dans le « paysage de l’art contemporain ».

Comment avez-vous appréhendé cette troisième édition du Salon de Montrouge sous votre direction artistique ?

Assurer la direction artistique d’un troisième Salon est un joli défi. Nous poursuivons l’idée qui nous anime depuis la première édition qui est d’introduire une dimension curatoriale à cet événement. Un salon, comme son nom l’indique, propose plutôt une série de rapprochements fortuits entre les différentes personnalités sélectionnées qu’une véritable unité. 

« Nous avons voulu concevoir dès notre arrivée une scénographie qui soit pensée à partir des projets des artistes. Une scénographie moins standardisée, qui réponde plus aux besoins de l’exposition collective. »

Pour ce faire, nous avons étudié au plus près les démarches des artistes afin de mettre en regard leurs travaux dans un format d’exposition décomposé en plusieurs chapitres. Un travail sur la mise en espace qui aide les visiteurs à rendre la compréhension du contemporain plus aisée et en offre un véritable panorama. Tout en conservant l’esprit du Salon, notre préoccupation est de montrer qu’au fil des éditions, les propositions des artistes évoluent et qu’ils ont tous des choses à nous dire.

La suppression des stands ne permet-elle pas aussi une plus grande liberté dans le choix des œuvres présentées ?

La configuration ouverte de l’espace laisse la place au monumental, au hors-norme, à la surprise et permet surtout de ne pas brider les artistes quand le grand format fait partie de leur pratique. Une liberté qui participe à inciter les artistes à produire de nouvelles pièces sans la contrainte d’un espace limité afin de mieux profiter de la visibilité qu’offre le Salon et de la rencontre avec les collectionneurs.

N’avez-vous pas également déplacé le curseur du mot émergence non plus vers l’éclosion mais plutôt vers l’affirmation d’une pratique ?

Le changement de critère dans le choix des artistes se situe bien à ce niveau. Même si le parti pris reste de privilégier les nouvelles générations, les années de naissance des artistes de cette 63e édition oscillant entre 1993 et 1979, les choix des membres du comité de sélection* se sont portés sur des artistes très actifs qui n’ont pas attendu une sélection au Salon de Montrouge pour faire démarrer leur carrière mais qui ont déjà fait preuve d’un parcours intéressant, ont participé à des résidences ou se sont manifestés dans des expositions de groupe. Des artistes en quête d’affirmation qui représentent le troisième étage de la fusée qui est prêt à être allumé.

Comment le Salon de Montrouge intervient-il dans la carrière des artistes sélectionnés ?  

Le Salon participe à renforcer leur carrière en favorisant les rencontres avec des professionnels du monde de l’art, curateurs français et étrangers, des collectionneurs… Dans le catalogue, le texte d’accompagnement rédigé par un critique d’art est aussi très important pour la communication de leur démarche. Les retombées peuvent être nombreuses avec des invitations à exposer, l’entrée dans une galerie ou l’accès à une résidence d’artistes. Nous mettons tout en œuvre pour qu’au-delà de l’aspect médiatique, des dizaines de milliers de visiteurs et des nombreuses rencontres, les artistes puissent continuer à travailler et enchaîner sur des projets en trouvant un lieu de production. Beaucoup d’entre eux viennent de province et espèrent s’établir à Paris afin d’être au cœur de la vie artistique, au contact des galeristes et des collectionneurs.
De plus, les lauréats des différents prix que décernent les partenaires du Salon ont le privilège d’intégrer le parcours de la JCE (Jeune Création Européenne) et d’exposer dans six pays. L’Institut Français concourt aussi à donner un rayonnement international au Salon en invitant ses partenaires étrangers à le visiter. 

Le Salon de Montrouge est aussi dans la carrière de l’artiste souvent synonyme de première vente…

Beaucoup de collectionneurs ont en effet pris pour habitude de venir acheter au salon car les prix sont, à ce moment de la carrière des artistes, abordables. Ils sont aussi très intéressés par le fait d’être les premiers à découvrir le travail d’un artiste. C’est un petit pari qu’ils aiment faire. De nombreuses ventes s’effectuent pendant et après le Salon car les collectionneurs prennent aussi des rendez-vous pour des visites d’atelier. 
Le Salon est aussi visité par les Amis des différentes institutions publiques ou privées comme l’Adiaf, les Amis du Centre Pompidou, du Palais Tokyo, de La Maison Rouge. 
Le Salon de Montrouge donne des clés aux artistes qui sont parfois un peu perdus dans ce rapport avec l’aspect financier de leur métier. Donner un prix à une œuvre, s’entretenir avec un collectionneur sur une vente n’a rien d’évident, tout comme celui de s’engager avec une galerie. Un autre temps fort qui n’est pas facile pour eux à gérer est la vente aux enchères qui conclut le Salon car elle introduit la notion de second marché. Les collectionneurs sont très friands de ces rencontres avec les artistes et de la vente aux enchères. 

« Chaque année, le salon s’ouvre vers d’autres horizons par l’intermédiaire d’un événement satelitte. En 2016, nous célébrions les 100 ans du Cabaret Voltaire, en 2017 nous mettions la photographie à l’honneur dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris. Pour cette édition une programmation de performances en partenariat avec le Palais de Tokyo, une sorte de do disturb montrougien. »

 

Entretien réalisé par Valérie Toubas et Daniel Guionnet initialement paru dans la revue Point contemporain #8 © Point contemporain 2018

 

 

Ami Barak
Né en 1951 en Roumanie.

Commissaire d’exposition et critique d’art.
Ancien directeur du Frac Languedoc-Roussillon, Président de IKT (International Association of Contemporary Art Curators), 
Directeur artistique de la Nuit Blanche 2003 et 2004.
Directeur artistique du Salon de Montrouge depuis 2016.

Marie Gautier 
Née en 1983.
Commissaire d’exposition et collaboratrice du commissaire indépendant Ami Barak depuis 2011. Ancienne élève de l’École du Louvre, elle a participé à la production de nombreux projets d’expositions en France et à l’étranger. Coordinatrice de projets artistiques, elle collabore et organise la production de plusieurs projets auprès de collectionneurs et d’artistes, à travers le monde.

www.salondemontrouge.com

*Comité de sélection 2018
Ami Barak et Marie Gautier (directeurs artistiques du Salon), Boris Achour (artiste), Sarina Basta, (curatrice et écrivain), Marie Bechetoille (curatrice), Anne Sarah Benichou (galeriste), Léa Chauvel-Levy (journaliste et critique d’art), Francois Quintin (directeur artistique de la Fondation Lafayette Anticipation), Matthieu Lelièvre (directeur artistique de la Fondation Fiminco), Emmanuelle Lequeux (journaliste pour Beaux-Arts Magazine, Le Quotidien de l’Art, Le Monde), Claire Moulène (curatrice au Palais de Tokyo), Nathalie Mamane-Cohen (collectionneuse), Julie Pellegrin (directrice de La Ferme du Buisson).

Liste des 52 artistes sélectionnés pour le 63e Salon de Montrouge

Samira Ahmadi Ghotbi, Mali Arun, Alexandre Barre, Francois Bianco, Baptiste Brossard, Pierre Brunet, Roland Burkart, Clementine Carsberg, Baptiste Cesar, Celia Coette, Lauren Coullard, Octave Courtin, Jules Cruveiller, Odonchimeg Davaadorj, Laurence De Leersnyder, Clemence de Montgolfier, Romuald Dumas-Jandolo, Paul Duncombe, Elise Eeraerts, Clemence Esteve, Cedric Esturillo, Raphael Fabre, Julia Gault, Antoine Granier, Anne-Sophie Guillet, My-Lan Hoang-Thuy, Princia Itoua, Jean-Baptiste Janisset, Pauline Julier, Yann Lacroix, Camille Lavaud, Ronan Le Creurer, Samuel Lecocq, Lucas Leglise, Ariane Loze, Fabien Marques, Garush Melkonyan, Mayrhofer-Ohata, Andrey Pavlov, Zoe Philibert, PAÏEN, Baptiste Rabichon, Octave Rimbert-Riviere, Emmanuelle Rosso, Mostafa Saifi Rahmouni, Clara Saracho de Almeida, Pauline Toyer, Pieter van der Schaaf, Marianne Vieules, Quentin Vintousky, Thomas Wattebled, Katarzyna Wiesiolek.

 

Visuel de présentation : vue du montage de l’exposition du 63e Salon de Montrouge. Photo tous droits réservés Salon de Montrouge.

AMI BARAK, MARIE GAUTIER, DIRECTEURS ARTISTIQUES DU 63E SALON DE MONTROUGE
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