Divagations amoureuses

Divagations amoureuses

Odonchimeg Davaadorj, Sans titre, 2016
Courtesy artiste et Backslash

EN DIRECT / Exposition Divagations amoureuses
du 10 mars au 25 avril 2020 Segolene Brossette Galerie

Une proposition de Madeleine Filippi
Avec Odonchimeg Davaadorj,  Marielle Degioanni, Julien Serve, Bertrand Robert

« Soit qu’il veuille prouver son amoursoit qu’il s’efforce de déchiffrer si l’autre l’aime,
le sujet amoureux n’a à sa disposition aucun système de signes sûrs. »
Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes. 
chapitre : l’incertitude des signes.

L’exposition Divagations amoureuses, inspirée du livre de Roland Barthes Fragments d’un discours amoureux est une réflexion sur le paradigme de la solitude amoureuse.

Ce texte qui a pour ambition de donner voix à l’amoureux, réussit le tour de force de toucher à l’universel, car il parle de vécu, du vécu humain. On se reconnait tous ici dans l’amoureux. Il se fait l’écho de cet individu qui, pour reprendre l’auteur, « parle en lui-même, amoureusement, face à l’autre » face à l’être aimé, qui lui ne s’exprime pas, signe que le discours amoureux est finalement toujours d’une extrême solitude. L’amoureux attend, s’angoisse, jalouse, déclare, doute…

Tout autant d’états, que les artistes de l’exposition à l’instar de l’auteur traversent et dont ils se saisissent.

Loin d’une simple adaptation formelle du texte de Roland Barthes, l’exposition de groupe Divagations amoureuses entend interroger le paradigme de la solitude amoureuse au sein de ce discours intimiste. Le parti pris de l’exposition collective n’est pas anodin, il évoque par la pluralité des discours une « mise en échos », symbolisant cette folie lancinante intrinsèque à l’amour.

Cette mise en abyme crée, une rythmique, à moins qu’il s’agisse d’un indice ? Un fil rouge, que le spectateur, plongé dans ce labyrinthe de la pensée peut saisir ?

En effet, il y a ici quelque chose qui convoque une expérience mnésique avec la répétition sérielle de certains artistes. Ils parviennent à souligner au sein du discours intérieur de l’amoureux, cette folie dans laquelle il nous plonge. Ainsi les oeuvres semblent à la fois surgir et se répondre, créant par la même occasion la sensation d’être plongé au coeur de la psyché d’un amoureux, face à l’ensemble de ses manifestations conscientes et inconscientes qui peuvent raisonner en lui comme un déjà vu.

Ainsi, le spectateur sera troublé par l’aspect sensoriel des oeuvres de Odonchimeg Davaadorj ou Marielle Degioanni qui invitent au toucher. Puis, il découvrira la série Hallucinose amoureuse de Julien Serve qui évoque une vision platonicienne de l’amoureux. De cet être double, androgyne, avec ses dessins à l’encre, de ces corps qui s’entremêlent… de l’autre amputé de sa moitié… Quant à Bertrand Robert, c’est clairement l’approche psychanalytique du texte de Roland Barthes qui l’a inspiré. La présence du verbe dans ses dessins évoque ce discours intérieur lancinant.

Le titre de l’exposition renvoie à une perte de contrôle… une folie douce à laquelle on ne cesse de vouloir céder. L’exposition Divagations amoureuses est pensée comme une ode à l’amour et au lâcher prise nécessaire et inéluctable. C’est si intimiste, si intemporel et en même temps si multiple, car l’amour est multiple. Le « je » du narrateur – ici l’artiste – de l’amoureux, est multiple. Il pourrait être vous, eux, toi, lui ou elle. En ce sens l’exposition n’est pas un simple « fragment » d’un discours amoureux mais une divagation, dans laquelle on espère que l’Autre – l’être aimé(e) vienne nous délivrer.

Madeleine Filippi Commissaire de l’exposition

Marielle Degioanni, Inner, fire jonction, amour et violence III, 2019
Marielle Degioanni, Inner, fire jonction, amour et violence III, 2019
courtesy artiste
Julien Serve, Série Hallucinose amoureuse, 2019-2020
Julien Serve, Série Hallucinose amoureuse, 2019-2020
courtesy artiste
Bertrand Robert, Main visage, Série états amoureux, 2020
Bertrand Robert, Pleurer, Série états amoureux, 2020
je veux bien avoir tort… avoir mal… disparaître encore… devenir pâle… me cacher sous les larmes… n’être rien
Papier Vinci, offset à chaud, crayon de couleur, graphite, rollers or-argent-blanc, néocolor
50 cm x 70 cm